La Voleuse de livres

Il y a de multiples histoires dans l’Histoire. De multiples récits cachés sous la version définitive, celle dont on dit qu’elle est toujours écrite par les vainqueurs, par le plus puissant du moment. Seconde Guerre Mondiale. On se souvient d’Hitler, des camps, des déportations, de notre France coupée en deux. On se souvient d’Anne Franck, de l’étoile jaune infamante, de la Nuit de Cristal. Un massacre institutionnalisé orchestré par un seul homme ou presque. Presque… A cette époque pourtant, la puissance qui faisait l’Histoire, c’était l’Allemagne. L’Allemagne nazie, faut-il préciser. La vision de l’époque contre la vision actuelle, avec entre les deux cette Allemagne plus silencieuse et discrète, celle des gens normaux. Celle de ceux qui souffraient, qui avaient faim, qui ne croyaient pas plus que ça au bien fondé du nazisme mais n’avaient pas le loisir d’énoncer même un léger doute à voix haute. Subir discrètement, adhérer au parti et envoyer ses enfants aux Jeunesses Hitlériennes le plus rapidement possible. Pas de vagues car le malheur est déjà bien assez présent. Derrière cette grande puissance détestée, on oublie les milliers d’âmes qui n’avaient pas voulu ça et qui en subissaient pourtant les conséquences. La Voleuse de livres (écrit par Markus Zusak), c’est cette histoire-là, une de ces histoires allemandes-là. Une petite fille dans la petite ville de Molching, et la Mort en narratrice de l’Histoire pour raconter cette période si sombre où elle était partout.

Il y a des drames immenses, collectifs, terrifiants, et il y a des petits drames personnels. Des drames avec peu de spectateurs et parfois même personne à qui le dire. Ou pire : des gens à qui le dire et l’impossibilité de le faire. Quand toute une nation se retrouve prise dans un tourbillon et avec elle une partie du monde, on passe à côté des histoires de la vie des gens, insignifiantes, et plus encore celles d’une petite fille. La Voleuse de livres, ce sont les drames de la jeune Liesel Meminger. Entrecoupés de bonheurs, d’amitiés et de joies bien sûr, mais pour que la Mort ait tout un livre à raconter, vous imaginez qu’elles ont dû se croiser quelques fois. Pour résumer, c’est une histoire qui commence mal, ne se déroule pas vraiment bien non plus, et pour la fin je vous laisse découvrir par vous-même, mais la réponse n’est pas si simple.

Pris sous cet angle, l’histoire d’une petite fille, de la Mort et de multiples drames, ce livre paraît bien terrible. Il l’est, dans un sens, mais il est aussi magnifique et rafraîchissant. Liesel Meminger appartient au club de ces petites filles intrépides du style de Jean Louise, du livre Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur, ou de la bagarreuse de Norman Rockwell. Des petites filles qui n’ont pas froid aux yeux, savent ce qu’elles veulent (ou ne veulent pas) et ne s’embarrassent pas de manières outre mesure. Liesel sait ce qu’elle veut et même si le prix à payer est parfois élevé ou risque de l’être, elle ne déçoit pas. 

Ce livre aborde plusieurs sujets importants, comme différentes strates empilées d’une seule et même histoire. D’abord l’Allemagne et la Mort à l’oeuvre, l’histoire de Liesel et ses drames ensuite, et enfin les mots. Des mots dont ce livre nous fait mesurer le poids, qu’ils soient adressés au monde ou déchiffrés maladroitement dans un livre volé. Des mots qui servent à ordonner, à tuer, à se venger, à partager une bonne nouvelle, à garder un secret, ou simplement un peu de grâce. Les mots ça tue, ça maintient en vie ou ça sauve parfois. Et parfois rien de tout ça. Dans ce livre, les mots ont une importance capitale à la fois pour l’Allemagne et pour la petite Liesel, qu’elle les emprunte, les vole, les taise ou les partage. On oublie bien souvent la richesse de savoir lire et le poids de ce qu’on peut dire dans un simple souffle. C’est mon tour maintenant d’utiliser mes mots tapotés sur un bout de clavier pour vous inviter à lire ceux de La Voleuse de livres. C’est un fabuleux roman, différent de ce qu’on a l’habitude de lire, sur une petite histoire terrible d’une partie de l’Histoire terrible. Incontournable et magnifique. 


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