Play Boy

C’est à la qualité des livres qu’ils nous offrent qu’on reconnaît les bons amis (pas que, mais c’est toujours un plus). C’est comme ça que j’ai découvert Play Boy de Constance Debré. J’avais vu l’auteure passer à l’émission On n’est pas couché à l’époque du duo d’écrivains Moix – Angot, mais je ne m’étais pas spécialement précipitée pour acheter le livre à ce moment-là. Christine Angot avait aimé, Yann Moix avait détesté et il semblerait que cela reflète finalement assez bien tout ce qu’on peut lire au sujet du livre : soit on aime, soit on trouve le bouquin atroce et l’auteure pas mieux. Personnellement, je me range du côté de Christine Angot, j’ai plutôt bien aimé.

Est-ce une autobiographie ? Une autofiction ? La frontière est assez trouble, mais le tout est définitivement saupoudré d’une bonne dose de provocation. Cela ressemble exactement à ce que qu’il faudrait écrire pour ruiner l’ambiance aux repas de famille. Définitivement. Il s’agit d’une sorte de roman d’initiation, un livre sur la découverte et sur la transition. Comment on passe de femme hétérosexuelle, mariée, mère d’un jeune garçon, à célibataire et apprentie « gouine ». Constance Debré nous raconte comment elle s’est mise aux femmes, et elle donne des détails. C’est à la fois très beau et dégueulasse. Beau car l’écriture est extrêmement intéressante. Le style est brut et limpide mais le texte est riche et rempli de réflexions. C’est pour cela que j’ai aimé le livre d’ailleurs, pour son écriture et pour la finesse de la pensée déroulée. Il y a de très beau passages sur ce qu’est aimer une femme, désirer le corps d’une femme, comprendre ce que c’est que d’être l’homme… mais il y a aussi des passages vraiment affreux. Constance Debré enfile les gros sabots de la provocation et nous livre des réflexions du style :

« Je me disais C’est ça une femme, c’est une peau très douce, c’est la bêtise, c’est une âme étroite qui n’est pas à la hauteur de la douceur de la peau, ce sont des caresses bâclées, un corps qui ne peut rendre l’hommage qu’on lui rend, un animal qui ne sait rien de l’amour et du désir, qui ne sait rien non plus de la beauté, un être qui n’est jamais grand, un corps bourgeois, un peu sale, quelqu’un qui pleure quand il est méchant. Et qu’aimer une femme, c’était la mépriser en même temps. Je comprenais la violence des hommes. Je me demandais si c’était ce qu’ils éprouvent toujours pour nous »

On n’ajoutera pas cette pierre au mur du féminisme, manifestement. C’est délibéré, elle en rajoute volontairement (j’espère !) tout au long du livre, mais ça reste quand même dégueulasse… Comme lorsqu’elle nous raconte un peu plus loin qu’ « une femme c’est fait pour être baisée » et qu’elle comprend même les violeurs. Ouais, bof…

Pour lire ce livre, je dirais qu’il vaut mieux retirer les lunettes du premier degré et ne pas s’offusquer de toutes les sorties de route de l’auteure. Comme avec un adolescent en crise dont il ne faut pas prendre les déclarations de haine au pied de la lettre, une fois qu’on lit les choses avec légèreté, c’est une très belle lecture. Intéressant et bien écrit. A faire lire à votre grand-mère un peu réac si vous lui voulez du mal. 


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