Chronique de François le Petit

Chaque rentrée littéraire, des politiciens de tous bords se précipitent et bousculent prix Renaudot et autres Goncourt pour présenter leurs nouveaux livres (ou du moins les livres sur lesquels on a mis leur nom et leur photo). Chaque ouvrage est commis pour 1) préparer une campagne, ou 2) s’expliquer sur pourquoi ça n’a pas si bien marché quand j’étais au pouvoir mais en fait si vous n’avez pas bien regardé en fait ça marchait quand même un peu ce sont juste les journalistes qui disaient du mal de moi mais franchement ça va. Dans les deux cas, de l’auto-promotion. On a vu ça des dizaines (centaines ?) (milliers ?) de fois, mais ça continue, puisque ça marche. Et tant pis pour les écrivains talentueux qui ne parviendront pas à faire connaître leur travail à côté de cette pagaille médiatique. Deux exemples fameux avec Les Leçons du pouvoir de François Hollande (paru en 2018), où l’ancien président normal (une normalité quand même toute relative quand on sort de l’ENA et qu’on est haut fonctionnaire) dresse le bilan de son quinquennat mouvementé, puis la sortie cette année du livre de Nicolas Sarkozy Le Temps des tempêtes. Un gros livre écrit pendant le confinement, où l’ancien président absolument pas normal revient sur ses années à l’Elysée et sur la politique internationale. Il avait pourtant juré d’arrêter la politique…….

Si ces ouvrages de programmes et de témoignages vous passionnent, fort bien. Sinon, il y a beaucoup plus drôle à lire avec Patrick Rambaud, qui s’amuse des présidents et nous livre de belles satires qui retracent les différents quinquennats. Il commence par les Chroniques du règne de Nicolas Ier, dont il tire six tomes qui accompagnent le quinquennat Sarkozy, puis il récidive avec François le Petit, sur les débuts de François Hollande au pouvoir. Viennent ensuite Chronique d’une fin de règne, sur la fin du quinquennat de ce fameux François IV, puis Emmanuel le Magnifique, et je crois qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer sur qui porte ce dernier livre. 

Je viens justement de terminer le lecture de François le Petit, et j’ai trouvé l’idée très bonne. François Hollande devient le monarque François IV, Manuel Valls est bien sûr duc d’Evry, on retrouve l’archidiacre Wauquiez ou le cardinal de Guéant, et si les journalistes se transforment en gazetiers, la première reporter de France hérite du titre de marquise de Pompatweet (on parle évidemment ici de Valérie Trierweiler). On notera la double référence, certes un peu appuyée, mais c’est aussi le principe d’une satire, surligner les vices et les débordements des personnes visées. C’est bien l’objectif de Patrick Rambaud et il ne s’en cache pas, les premières lignes de l’ouvrage donnent le ton : « Je raconte ici l’histoire d’un petit nombre d’hommes qui, poussés par les événements, ne se hissaient point à leur portée. Le monde avançait mais eux, animés par d’anciens réflexes, amidonnés, rétrécis dans leur système de pensée et leur langue morte, ils semblaient reculer tant ils s’échinaient à rester immobiles. » C’est plutôt clair en effet.

J’ai trouvé l’idée vraiment bonne et le traitement d’une Histoire que l’ont vit presque en même temps qu’elle est racontée (avec pourtant un ton d’une autre époque) très intéressant. Il y a des passages vraiment drôles et très bien écrits. Patrick Rambaud assassine ces personnages politiques avec une certaine élégance du registre, sans pour autant mâcher ses mots. Pourtant, je me suis rapidement lassée de ce livre. Une fois la première surprise passée, on a compris, et peu de choses viennent relever un récit qui se déroule longuement au fil des événements politiques sans réellement en tirer quelque chose. Le ton étonne, les surnoms font sourire, l’idée du livre est intéressante, puis on se retrouve finalement à relire l’histoire d’un quinquennat que l’on a déjà vécu sans plus vraiment de choses intéressantes ou de trouvailles littéraires pour relever l’histoire. Je ne suis convaincue qu’à moitié mais je préfère rester prudente, difficile tout de même de juger l’auteur uniquement sur ce livre, qui reste bien écrit. Peut-être les premiers ouvrages de cette série monarchique étaient meilleurs et que Rambaud s’épuise à poursuivre son oeuvre de documentation historique. C’est effectivement une idée brillante, et il est difficile de ne pas vouloir continuer à mesure que les présidents se succèdent à la tête de l’Etat. Il faudra que je lise les autres pour me faire un avis. Pour l’instant, j’ai quelques réserves, et en attendant de finaliser mon opinion, je vous laisse avec un extrait qui je trouve résume bien le livre :

« Comme François IV restait incapable de dire ce qu’il faisait, le peuple conclut qu’il ne faisait rien. » Voilà qui est dit.


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