Le Sel de l’amitié

Amicitia pactum salis : l’amitié est un pacte de sel…

Apportant plus de saveur à l’existence ou au contraire friable et porté à se dissoudre avec le temps ? Marguerite Yourcenar écrivait : « L’amitié est avant tout une certitude, c’est ce qui la distingue de l’amour. Elle est aussi respect et acceptation totale de l’autre être. »

Ce qui est certain, c’est que dans ce roman les amitiés sont tout sauf classiques et ennuyeuses. On est bien loin des relations qui tiennent surtout par fidélité au souvenir du peu de choses qu’on avait en commun quand on s’est rencontré, avant de prendre des chemins opposés. Il y a d’abord Michel, agent immobilier parisien peu scrupuleux en vacances à La Baule, et Jean, paludier solitaire et renfermé dans ses marais salants du Croisic, non loin de là. Les deux hommes n’ont rien en commun, à part un boulon un peu dévissé dans le cerveau, une bonne descente et la solitude de leur existence. Pourtant, l’un va débouler dans la vie de l’autre par accident et survivre miraculeusement à cette confrontation magistrale. Se noue alors une relation des plus étranges. Pour le respect dont parle Marguerite Yourcenar, on repassera. La rencontre ne se déroule pas au mieux et la relation connaît de nombreux bas. Acceptation totale de l’autre en revanche. Un duo à la fois très mal et très bien assorti, où la folie et les démons de l’un nourrissent l’autre et inversement selon la situation. Le livre commence comme il finit, après nous avoir ouvert une fenêtre sur un moment d’existence de ses personnages. Il y a des instants comme ça dans la vie, où l’improbable se produit, où des univers opposés se retrouvent par hasard sur le même chemin l’espace d’un instant, avant de reprendre chacun leur route tranquillement. C’est l’histoire de ce livre : deux anti-héros qui se retrouvent au même endroit au même moment et partagent un bout d’existence. 

Pactum Salis (2018) est le second roman d’Olivier Bourdeaut, après En attendant Bojangles (2016) qui avait rencontré un grand succès à sa publication. Olivier Bourdeaut ne se destinait pourtant à l’origine pas du tout à la littérature, puisqu’il était au départ agent immobilier à Nantes (comme le personnage de Michel, qui débute sa carrière dans la même ville, mais espérons cependant que la ressemblance entre l’auteur et le personnage s’arrête là). Je n’ai pas encore lu En attendant Bojangles, mais ce second roman donne envie de découvrir le premier. C’est à la fois un peu loufoque, triste et réaliste tout en étant improbable sans pour autant être impossible. Une jolie histoire de la folie du quotidien.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s