Au revoir là-haut

La guerre… Une des rares choses qui met tous les hommes à égalité. Ça et la mort, mais ça revient à peu près au même finalement. Avec la guerre il y a juste plus de rebondissements et une entrée dans le mort en habits et protocole. Sur le papier en tout cas. C’est par la guerre que débute ce roman de Pierre Lemaitre, dans les tranchées françaises de la Première Guerre Mondiale. La fin des combats approche mais il y a encore une attaque à mener et on retrouve Albert Maillard, le soldat Maillard, pas vaillant mais présent, près à foncer après les premières lignes. Un non-héros on ne peut plus banal, trouillard et modeste par les finances comme par la philosophie de vie. Un homme qu’on ne remarque pas ou qui prête à la moquerie, mais gentil, aimable, serviable. Juste au moment de donner l’assaut, le soldat devant lui se retourne et lui sourit avec espièglerie. Il s’appelle Eugène Péricourt, et dans d’autres circonstances il est peu probable qu’ils se seraient croisés. Eugène vient du meilleur monde, celui où il y a de l’argent, des domestiques et où tout est facile. Son père est un homme d’affaire très riche et sa famille parmi les plus influentes. Et pourtant, cette dernière attaque va sceller leurs destins et les lier à vie, pour le pire et le meilleur du pire. Et encore tout un tas d’idées fumeuses. Il y aussi le lieutenant d’Aulnay-Pradelle, descendant d’une famille aristocratique désargentée et qui compte sur la guerre pour tirer son épingle du jeu. A tout prix, et surtout au prix le plus bas. Il est grand, bel homme, terrible, autoritaire, méchant. Une crapule à particule avec les manières des hommes de la haute.

Une fois la guerre achevée, tout ce petit monde se retrouve à Paris avec une nouvelle vie, une nouvelle maison, un nouveau nom, un nouveau travail. Gueule bien cassée, Poilu et fripouille du monde. Eugène dessine avec talent, d’Aulnay-Pradelle mène ses affaires selon une politique très personnelle et Albert fait ce qu’il peut, du moins mauvais qu’il peut. Une idée un peu plus formidable que les autres et les ennuis commencent…

C’est un très beau roman, étonnant par son style. La lecture est simple et agréable, mais les mots sonnent toujours extrêmement juste. C’est drôle, bien pensé, fluide, mais jamais superficiel pour autant. Dès le début, on plonge dans une atmosphère particulière et on n’en sort plus, que ce soit dans les tranchées ou dans les beaux ou moins beaux quartiers de Paris, on reste happé par l’histoire. Chaque personnage nous devient presque comme un ami personnel qu’on connaît mieux que ce qu’il ne veut bien montrer aux autres, et on passe de l’un à l’autre sans retombée dans le récit. En 2013, Pierre Lemaitre obtient le Prix Goncourt pour ce roman et c’est franchement mérité. Quelques années plus tard, en 2017, Au revoir là-haut est même adapté au cinéma par Albert Dupontel (qui réalise et incarne également Albert Maillard… manifestement un peu plus débrouillard que son personnage), et là encore Pierre Lemaitre reçoit le César de la meilleure adaptation en 2018. Une fois n’est pas coutume, j’avais vu le film à sa sortie avant de lire le livre et j’avais trouvé l’univers merveilleux. Peut-être parce que Pierre Lemaitre s’est impliqué dans l’écriture du scénario avec Albert Dupontel pour bien faire respecter l’imaginaire poétique du livre… Je ne sais pas, mais je conseille les deux !

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Réalisation : Albert Dupontel

Avec : Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte et Niels Arestrup

Sortie : 2017

Adapté du livre de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt en 2013.


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