Sexe, drogue et natation, un nageur brise l’omerta…

Sexe, drogue, omerta… Hum… Un titre peut-être légèrement racoleur ? On pourrait se croire en plein reportage sur Pablo Escobar. Quelqu’un devait avoir envie de faire vendre ce livre, reste à savoir s’il s’agit de l’éditeur ou du nageur (ou des deux ensemble, à surenchérir en ricanant pendant le brainstorming). Le nageur en question, c’est Amaury Leveaux, la grande gueule de la natation française, multi-médaillé (notamment aux Jeux Olympiques de Pékin, puis de Londres) et recordman du 100 mètres nage libre en petit bassin. La surenchère a d’ailleurs fonctionné puisqu’à la sortie du livre en 2015, toute la presse n’a parlé que de ça. Mais passé la couverture un peu ridicule, le récit est plutôt intéressant. Amaury Leveaux a reçu l’aide d’un auteur pour rédiger ce livre, ce qui ne l’empêche pas de n’être pas spécialement bien écrit, mais si on s’intéresse de près ou de loin au sport et à son fonctionnement, on y apprend des choses. Des choses qu’on soupçonne ou devine souvent, il n’y a pas de révélation fracassante, mais ça reste intéressant, surtout raconté par un sportif de haut niveau. C’est lui qui est au coeur du système, s’entraîne tous les jours et peu importe les conditions, subit la pression, doit se plier aux règles du sport et de la fédération. C’est lui qui est en première ligne et représente son club et son pays, que ce soit pour des publicités ou dans les compétitions internationales. Une vie pas comme les autres.

Amaury Leveaux raconte d’abord son enfance pauvre dans une cité de Delle, en région Bourgogne-Franche-Comté, et comment il tombe dans la natation, repéré par l’entraîneur du coin alors qu’il fait l’imbécile à la piscine pendant toutes les vacances. Contrairement à Laure puis Florent Manaudou, qui ont confié après n’avoir jamais aimé nager, lui raconte avoir toujours été à l’aise dans l’eau, que c’était une sorte d’évidence. Il grandit, progresse et part s’entraîner au Pôle de Mulhouse. Les Pôles Espoir, dans tous les sports, sont des centres qui accueillent de jeunes sportifs de haut niveau pour leur permettre un entraînement intensif aménagé avec les études. Une perspective d’avenir inespérée pour Amaury Leveaux. Et c’est comme ça que sa carrière commence, de la piscine municipale aux plus grandes compétitions internationales, et bien sûr, les Jeux Olympiques.

Dans ce livre, le nageur aborde énormément de thèmes. Sa vie et ses ressentis personnels d’abord, il n’hésite pas à donner son avis sur un sujet ou une personne, mais surtout sa vie de sportif de haut niveau : il explique les entraînements, les relations avec les nageurs et les entraîneurs, l’importance du mental autant que du physique… Il parle aussi du rapport à la nourriture, celui qu’il faudrait avoir et la vérité un peu plus surprenante, puis des fêtes innombrables et de l’alcool qui coule à flot toute la nuit avant d’aller s’entraîner à reculons au petit matin. Pour parvenir à un tel niveau on aurait tendance à imaginer une routine sportive presque monacale, mais apparemment vraiment pas, et il n’est pas le seul à s’amuser. Il raconte ce qui se produit quand argent et succès vous tombent dessus du jour au lendemain, et qu’il est facile de perdre pied.

On découvre aussi l’univers des compétitions de l’intérieur et comment un petit grain de sable peut faire basculer une bonne préparation mentale. On comprend mieux comment les choses s’organisent et bien sûr il raconte en détail les Jeux Olympiques, rêve de tout sportif de haut niveau (et de beaucoup de personnes derrière leur poste de télévision). Il évoque aussi un peu le port des combinaisons en polyuréthane, finalement interdites car trop de records ont été battus grâce à elles, et la question sensible du dopage. On a d’ailleurs beaucoup reproché à Amaury Leveaux de rester en surface et d’en parler beaucoup pour ne rien en dire de vraiment concret (peut-être le titre qui laissait espérer plus ?). Il est vrai qu’il n’y a pas de révélations retentissantes, mais encore une fois on comprend un peu mieux comment les choses fonctionnent, quand et comment sont effectués les contrôles et le nageur s’exprime sur quelques affaires qui posent question. Au final, énormément d’anecdotes sur sa vie et ses expériences personnelles, mais aussi sur ses collègues nageurs (qu’il ne ménage pas particulièrement) et sur l’organisation du sport à différents niveaux (encore moins). Toujours bon à lire, mais à ne pas prendre pour un travail journalistique. Je propose un nouveau titre : « Les confessions d’un nageur de haut niveau, une vie entre rigueur et excès ». Ça devrait faire vendre aussi, mais peut-être un peu moins…


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