Rencontre avec… Helena Rubinstein

Helena Rubinstein
(1872 – 1965)

A l’occasion de l’expo « Helena Rubinstein, l’aventure de la beauté » (au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme), j’ai pu découvrir l’histoire passionnante… eh bien, d’Helena Rubinstein, assez logiquement. Enfin, je mens à moitié car je n’ai pas vu l’expo à proprement parler, mais je me suis tout de même bien rendue au MahJ pour suivre une conférence sur la vie de la créatrice. Je dois confesser qu’avant ça je ne connaissais ni le MahJ ni Helena Rubinstein autrement que de nom, et ce fut une très belle découverte. Ou plus précisément deux belles découvertes et une déception. 

L’histoire commence avec une de mes amies, qui elle est allée voir l’expo et y a mis tant de conviction qu’elle a réussi à y traîner son mec. Pour une histoire de cosmétiques, belle performance. L’histoire d’Helena Rubinstein l’a beaucoup intéressée (elle plus que lui selon les témoignages recueillis par la suite) et elle est repartie avec la biographie de celle qui fut une businesswoman avant que le terme ne commence à être employé. Quelques jours plus tard, laissant cette fois son copain tranquille, c’est à moi qu’elle a proposé de l’accompagner à une des conférences organisées en parallèle de l’expo (suivant un principe qu’on nous avait martelé à la fac : « Au lycée, on suit les cours puis on les résume dans des fiches révision… A l’université, on suit les cours puis on les approfondit ! »). Mauvaise élève, je n’ai pas pris le temps de faire l’expo avant et suis arrivée en sachant qu’il s’agissait seulement d’une histoire de femme incroyable et d’empire de la beauté. 

Première bonne surprise : le MahJ ! L’endroit est très beau. Il y a d’abord une élégante cour pavée à traverser (qui m’a étrangement rappelée celle de notre université, pas de hasard), et l’intérieur du musée est assez surprenant. Sans en avoir vu grand chose d’autre que l’entrée, la boutique, un joli recoin où nous nous sommes d’abord perdues et l’amphithéâtre, le lieu m’a tout de suite beaucoup plu. Différentes architectures cohabitent, sans enlever l’âme de l’endroit. L’impression d’entrer dans des années d’histoire et de croiser plus de personnes qu’il n’y en avait réellement… Il faudra que j’y retourne pour visiter un peu plus sérieusement (et accessoirement faire l’expo), mais je vous invite à y faire un tour. 

Arrive alors la déception avec la conférence. Découvrir la vie et le parcours d’Helena Rubinstein était tout de même inspirant, mais les intervenantes m’ont laissée dubitative. Beaucoup (beaucoup, beaucoup) de temps passé sur son enfance et le quartier où elle vivait en Pologne, pour survoler ensuite rapidement les débuts de son entreprise en Australie sans trop de détail sur le processus (ce qui nous intéressait le plus), et finalement atterrir directement bien des années après aux Etats-Unis et s’appesantir alors longuement sur les concurrentes d’Helena Rubinstein… A tel point que l’une des invitées parlait plus d’Elizabeth Arden que d’Helena Rubinstein et a confondu les deux noms à plusieurs reprises, tout en nous expliquant sans la moindre hésitation qu’elle n’avait pas lu la biographie. Même pour un exposé de dix minutes on se serait mieux préparé que ça… C’était tout de même intéressant pour moi qui avais tout à découvrir, mais mon amie qui avait commencé à lire l’histoire d’Helena Rubinstein n’a pas été très convaincue. En sortant de la salle, j’en ai appris bien plus en discutant quelques minutes avec elle, et m’a désillusion est allée croissant quand elle m’a expliqué que l’intervention était ponctuée d’erreurs et d’approximations. Dommage… Intéressée tout de même et voulant en savoir plus (et mieux) sur cette incroyable aventure, j’ai moi aussi acheté la biographie. On approfondit, on approfondit !

Deuxième très belle découverte avec ce livre de Michèle Fitoussi (qui est aussi la commissaire de l’exposition, un bon signe), qui m’a vraiment passionnée !

A la décharge des deux conférencières, l’auteure nous explique d’entrée de jeu que de nombreuses zones d’ombres planent sur la vie d’Helena Rubinstein et que beaucoup de légendes circulent, largement alimentées par la créatrice elle-même qui aimait bien s’arranger avec le passé ou la réalité (par exemple en profitant d’un premier voyage en Australie pour s’inventer de meilleures origines et se rajeunir de 8 ou 9 ans… Même Arielle Dombasle n’aurait pas osé). Dans son livre, Michèle Fitoussi raconte l’enfance et l’adolescence pauvre d’Helena Rubinstein dans un tout petit appartement du quartier juif de Kazimierz où s’entasse une famille de huit filles, et comment déjà elle se fait remarquer par son caractère bien trempé. Que ce soit pour se mêler des affaires de son père ou quand il s’agit de refuser tous les mariages qu’on lui « propose », même ceux qui lui assureraient une vie bien plus confortable. Encore aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se retrouvent la menotte au doigt à croupir dans une banlieue pavillonnaire alors qu’ils auraient voulu courir le monde et accomplir de grandes choses, mais il faut imaginer le degré de courage pour l’époque (fin XIXe siècle) où le mariage est le seul avenir connu et voulu pour une femme et où le poids de la famille est énorme. Pas suffisant pour elle, Helena Rubinstein part d’abord à Cracovie vivre chez sa tante, puis en Australie, sans se retourner et avec seulement quelques petits pots de crème dans sa valise. On y réfléchirait certainement à deux fois du fond de notre canapé et il est plus que probable que les quelques 18h de vol à subir au passage nous feraient bien soupeser la question. En bateau, le voyage dure des semaines… A méditer.

Arrivée en Australie, tout ne commence par très bien pour Helena. Elle se retrouve à moitié esclave, perdue dans le bush chez un oncle odieux, puis trouve le moyen de s’échapper et commence à vendre sa crème miraculeuse (qu’elle nommera « Valaze », tout comme sa marque)… Le début d’un empire, à essayer des recettes des nuits durant, seule dans sa cuisine. Du caractère, des sacrifices et surtout un don pour l’air du temps et les affaires. Et du travail, sans jamais perdre trop de temps à dormir ou se reposer… Pas assez d’une vie pour tout faire et tout inventer, elle ne s’arrêtera qu’à sa mort. 

Helena Rubinstein et Pablo Picasso – Cannes 1956

Il faut absolument lire ce livre si on s’intéresse de près ou de loin aux grandes aventures, aux destins exceptionnels ou aux cosmétiques. Toutes les étapes de la vie d’Helena Rubinstein sont passionnantes. C’est une redoutable femme d’affaire au caractère bien trempé (parfois trop, mais comment aurait-elle réussit sans ?), un génie de l’air du temps et du marketing. C’est aussi une femme d’art et de style, qui côtoie les plus grands artistes de son temps, s’habille chez les couturiers les plus raffinés de Paris et accumule une collection d’oeuvres d’art (et de bijoux) exceptionnelle. On découvre la ou les légendes d’Helena Rubinstein, ses relations compliquées à sa famille, son génie et ses méthodes de travail novatrices avec en toile de fond l’époque, la guerre et une galerie de personnages incroyables qui sont aujourd’hui des mythes. 

En bref, lisez-le ! Et filez au MahJ, vous avez encore jusqu’au 25 août 2019 pour voir l’expo. Je ne peux pas vous en dire grand chose, mais puisque c’est aussi Michèle Fitoussi qui s’en est chargée je lui accorde ma confiance. Vous m’y croiserez peut-être, si je suis sérieuse…


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