Dirty God

Bouleversant.

La dernière fois que je suis sortie du cinéma aussi perturbée, c’était après avoir vu Nacturnal Animals de Tom Ford. Quelque part, c’est aussi une histoire d’ex petit-ami qui revient porter le coup final, mais la comparaison s’arrête là. Triste et terrible. On se prend une vraie claque et la sensation met du temps à s’estomper.

Dans une banlieue déprimante et sordide quelque part en Angleterre, Jade sort tout juste de l’hôpital après des mois de soins. Elle rentre chez elle retrouver sa mère et la petite fille de deux ans qu’elle a eu avec son ex petit-ami. Un ex petit-ami revenu après le temps de lui jeter de l’acide au visage et de la défigurer à vie. Malgré les multiples opérations, Jade quitte l’hôpital avec encore les bras, le haut du buste et plus de la moitié du visage couverts de cicatrices. Une peau déformée, vallonnée et crevassée que les gens moquent ou rejettent. Il ne lui reste que sa mère, qui revend des vêtements et accessoires volés pour gagner de l’argent, sa fille Rae qui n’a plus de père et qui pleure en la voyant, et sa meilleure amie, Shami, qui sort avec l’homme qu’elle commençait à fréquenter avant l’accident. Ce film est bouleversant… Une histoire de vie terrible dans un décor sinistre. Un avenir réduit à néant, des filles sans père et des mères qui ne tiennent pas la route, la solitude, la détresse, des amitiés bancales… et quelques restes d’espoir malgré tout, souvent déçus. 

Pour incarner Jade, la réalisatrice (Sacha Polak) a choisi Vicky Knight, une jeune femme qui porte sur elle de réelles cicatrices. Un choix fort qui plonge un peu plus le film dans le réel. Plutôt que de prendre une actrice à maquiller, choisir une femme qui a réellement une histoire à raconter et qui sait mieux que chacun le poids des regards. C’est probablement pour cette raison que le film résonne autant. Vicky Knight le raconte elle-même, avoir ces cicatrice a toujours été très dur. Elle était harcelée à l’école, puis plus grande on l’a exhibée à la télévision en lui faisant croire à un reportage pour finalement l’envoyer faire une émission appelée « Too Ugly for Love »… Trop laids pour l’amour… Elle raconte qu’avant de faire ce film elle allait particulièrement mal dans sa vie, et que travailler sur ce rôle lui a beaucoup apporté. Le personnage de Jade a été tissé sur mesure pour elle, en intégrant beaucoup d’aspects de sa personnalité ou de sa façon de parler et le rendu est absolument incroyable.

Au-delà du drame personnel, Dirty God aborde aussi des sujets très actuels. Trop actuels faudrait-il dire. Les violences conjugales, avec régulièrement une femme à la une des journaux pour n’avoir pas survécu aux coups de son homme, en triste porte-parole des milliers de femmes anonymes qui survivent en silence. Et d’autres milliers de femmes encore qui ne se considèrent pas comme « femme battue » parce que « ce sont juste des claques et des injures… il ne m’a jamais vraiment frappée ». Ça parle aussi de l’importance du corps et du regard des autres, du choix de se montrer ou de se cacher, peu importe les raisons, et de l’impossibilité de passer totalement outre. Le presque petit-ami de Jade qui après l’accident sort finalement avec la meilleure amie. Toujours mignonne, toujours intacte…

Ce film est très dur, mais magnifique aussi. Des gens réels, des histoires tristes ou sales, des endroits parfois glauques, des relations un peu bancales mais qui marchent, puisqu’on n’a que ça… Un peu difficile, mais ce film est important. A voir et à réfléchir.


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